samedi 22 avril 2017

Martiens, go home !

Auteur : Fredric Brown
Edition : Folio
Collection : SF
Parution originale : 1955
Genre : Science-fiction
    Résumé : 26 mars 1964. Luke Devereaux, 37 ans, est un écrivain de science-fiction en procédure de divorce. Retiré dans une cabane en plein désert californien pour y trouver un sujet de roman, il pense tenir une idée de sujet sur les Martiens, quand quelqu'un frappe à la porte : c'est un petit homme vert. Pendant la discussion, le Martien se révèle très peu courtois, mais doué de capacités exceptionnelles : il peut se dématérialiser à volonté et voit à travers les surfaces opaques. Luke Devereaux quitte sa cabane en voiture et se rend bientôt compte qu'il n'était pas la proie d'une hallucination : un milliard de Martiens ont débarqué sur Terre.
    Imaginez-vous écrivain de science-fiction en 1964. Vous vous êtes isolé dans une petite cabane dans la campagne américaine, loin de toute civilisation pour vous recentrer et trouver enfin LE sujet qui vous fera noircir des pages et des pages et vous fera entrer de nouveau dans les bonnes grâces de votre éditeur. Vous vous dites enfin qu'une bonne petite histoire de Martiens fait toujours plaisir, et vous vous placez enfin devant votre machine à écrire pour taper allègrement le début, quand soudain...
   Toc toc toc.
    Vous allez pour ouvrir la porte, et là, un petit bonhomme vert apparaît dans l'encadrement, et vous lance un "Salut Toto ! C'est la Terre ici ?"
    C'est l'histoire qui va arriver à Luke Devereaux, le personnage principal du roman de Fredric Brown intitulé Martiens, go home !, et qui raconte d'une manière totalement délirante, dans le futur de l'auteur à l'époque où il écrit le roman, l'arrivée, le séjour, et le départ des Martiens sur Terre.

   Les Martiens sont absolument odieux, arrogants, turbulents, savent se téléporter (ou "couimer", comme ils disent) appellent tous les hommes Toto et toutes les femmes Chouquette, et adorent se mêler de la vie, privée ou non, des gens, et fouiner dans les affaires des humains puisqu'ils y voient dans le noir et à travers les murs et les objets, ce qui veut dire qu'ils connaissent tous les secrets de tous le monde. C'est légèrement problématique quand, en pleine période de Guerre Froide, les moindres secrets des États-Unis sont révélés à la Russie, et inversement. Cela crée une sorte de grande tension mondiale, et paradoxalement, une union de tous les pays qui tendent vers un seul objectif : trouver un moyen de se débarrasser des Martiens. En un mot comme en cent, c'est le chaos sur Terre, merci les petits hommes verts.
   L'arrivée des Martiens crée un grand bouleversement mondial. Celle-ci a de nombreuses conséquences sur la vie et l'industrie mondiale. Les romans de science-fiction n'ont plus la côte puisque les gens voient suffisamment d'aliens dans leur vie pour en être dégoûtés dans les romans. De plus, puisque ces derniers adorent dire la vérité et révéler tout haut et tout fort ce que les humains préfèreraient cacher, ceux-ci n'osent plus proférer un seul mensonge, et évitent tout faux pas qui pourrait les mettre dans une situation inconfortable. Ainsi, plus d'adultères, puisque sinon les Martiens iraient tout répéter au mari ou à la femme, le temps de couimer. D'ailleurs, vu que les petits hommes verts sont des voyeurs, la libido des humains a fortement baissé et la natalité mondiale a chuté pendant les premiers temps de l'invasion.

   Martiens, go home ! est un excellent classique de la science-fiction, c'est drôle, ça se lit vite (en une fin d'après-midi c'était plié pour moi) et très simplement. On découvre, latente, une réflexion sur la situation sociopolitique de l'époque, notamment une petite critique de la Guerre Froide, et en élargissant, sur la guerre en général, mais surtout une réflexion sur la folie, ses limites, dans quelles conditions. Le tout, avec un humour grinçant absolument génial.

vendredi 21 avril 2017

13 Reasons Why | Chronique Série

Titre original : 13 Reasons Why
Créée par : Brian Yorkey
Origine : États-Unis
Genre : Drame
Première diffusion : 31 mars 2017
Sur : Netflix
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 1 saison, 13 épisodes
Statut : En production
Avec : Dylan Minnette, Katherine Langford, Christian Navarro, Alisha Boe, Brandon Flynn, Justin Prentice, Miles Heizer, Ross Butler, Devin Druid, Amy Hargreaves, Derek Luke, Kate Walsh...
   Pitch : Clay Jensen, un lycéen de 17 ans, reçoit chez lui une boîte à chaussures pleine de cassettes. Ces cassettes proviennent d'une de ses amis, Hannah Baker, qui a récemment mis fin à ses jours. Elle contiennent les treize raisons pour lesquelles Hannah Baker s'est suicidée, et correspondent chacune à une personne liée à Hannah d'une manière ou d'une autre que chacun va pouvoir découvrir.

   13 Reasons Why est une série de Netflix, adaptant le roman de Jay Asher Treize raisons (13 Reasons Why en version originale). Elle débute quelque temps après un évènement épouvantable qui est arrivé au lycée Liberty : une de ses élèves, Hannah Baker, a mis fin à ses jours. C'est apparemment une surprise, et personne ne comprend exactement ce qui est arrivé à cette fille. Cependant, certains élèves ont un comportement quelque peu étrange avec le personnage que l'on suit tout au long de la série, Clay Jensen, un élève pas très raccord, un peu différent des autres, il rappelle un peu Charlie de The Perks of being a Walflower, aussi bien physiquement que dans le comportement. Que ce soit Justin, un sportif du lycée, Courtney, une fille qu'il connaît à peine, ou encore Tony, qui lui propose l'air de rien de le ramener après les cours et de lui faire écouter des cassettes audio, un objet obsolète maintenant, chacun se comporte bizarrement en sa présence.



   C'est parce que Clay est le prochain qui doit recevoir les cassettes, dernier "cadeau" de Hannah Baker qu'elle a enregistré quand elle était encore vivante. Et évidemment, chacun de ceux qui les ont écoutées avant lui guette sa réaction, qui risque de faire des étincelles, puisqu'il était le plus proche de Hannah. Clay découvre vite que chacune des treize personnes qui font l'objet de ces cassettes ont un rapport avec la décision que Hannah a prise de mettre fin à ses jours. Chaque épisode de la série correspond donc à une face d'une cassette, qui va raconter un épisode de la vie de Hannah, ses joies, ses peines, ses peurs, et chaque parole d'Hannah est un cri de désespoir et de détresse à ceux qui n'ont pas su tirer la sonnette d'alarme quand il était encore temps. La question est : pouvaient-ils vraiment faire quelque chose ? 
    J'ai entendu beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux dire par exemple que si Clay avait pu dire à Hannah qu'il l'aimait, elle aurait pu s'en sortir. Je n'en suis pas si sûre. Je ne suis pas suicidaire et je ne connais pas des personnes qui le sont, mais je connais des personnes dépressives, et croyez moi, l'amour, ça guérit pas la dépression, alors j'imagine que ça guérit pas non plus les idées de suicide.



   Il y a cependant quelque chose dans la réalisation de la série qui peut nous faire penser qu'il y a un temps où il était possible de la sauver, et un autre où il était trop tard. La série joue sur les altérations du physique de leurs personnages pour définir différentes périodes : au début de la série, Clay a un accident de vélo et se blesse à la tête. Ça semble être une scène "anodine" qui n'est plus mentionnée pendant le reste de la série, mais cette blessure à la tête sert au spectateur pour déterminer si la scène qu'il voit se situe dans le passé ou dans le présent, et ainsi reconstituer le puzzle de cette narration éclatée. C'est une façon intéressante de guider le spectateur dans les différentes périodes évoquées tout au long de la série. Il y a un moment de ce genre dans la série qui concerne Hannah, un changement de physique, qui serait à mon avis le moment charnière où Hannah ne pouvait plus revenir en arrière sur sa décision. Ce moment de la série est aussi celui où arrivent sans doute les épisodes qui narrent les moments les plus graves dans la vie d'Hannah et ses camarades.



   En ce qui concerne les acteurs, je pourrais dire qu'ils sont tous très bons, surtout pour une teen serie. Je pense que Katherine Langford est absolument parfaite dans le rôle de Hannah, a une bonne dynamique avec Dylan Minnette, et a su moduler son jeu d'actrice en fonction des nuances de son rôle de jeune fille pleine de vie, qui aime la vie, mais qui pense que la vie ne l'aime pas, et elle est vraiment touchante. J'ai aussi été ravie de voir Keiko Agena dans le rôle de la prof Madame Bradley, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vue dans une nouvelle série et ça fait du bien. Et j'ai adoré voir Kate Walsh dans le rôle de la mère de Hannah, c'est une excellente actrice que j'adore, et qui avait joué également dans Lost et Once Upon a Time.



   A l'heure actuelle on ne sait pas encore si la série va être renouvelée pour une saison 2, mais Brandon Flynn, l'acteur qui joue Justin dans la série, semble être confiant. Très honnêtement, je pense que je préfèrerais que la série s'arrête là. Toute l'histoire a été racontée, on connaît tout le récit de Hannah, et le dernier épisode offre une fin très satisfaisante. Pour moi, continuer la série n'aurait aucun sens, et donnerait une saison médiocre, ce qui serait dommage. Je vous conseille néanmoins fortement de regarder cette première saison qui offre un tableau à mon avis très juste de ce que peuvent vivre certains lycéens harcelés par leurs camarades, que personne n'écoute, que personne n'entend, et qui finissent par prendre des décisions irréversibles.



https://buffyslibrary.blogspot.fr/search/label/Coup%20de%20c%C5%93ur

mercredi 12 avril 2017

The IT Crowd | Chronique Série

Titre original : The IT Crowd
Créée par : Graham Linehan
Origine : Royaume-Uni
Genre : Sitcom
Première diffusion : 3 Février 2006
Sur : Channel 4
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 4 saisons, 25 épisodes
Statut : Terminée depuis le 30 juillet 2010
Avec : Katerine Parkinson, Chris O'Dowd, Richard Ayoade, Matt Berry, Christopher Morris, Noel Fielding
   Pitch : Jen est affectée au service informatique (IT) de Reynholm Industries alors qu'elle a aucune compétence dans le domaine, bien que son CV affirme le contraire. Les deux principaux agents de l'IT avec qui elle doit travailler, Roy et Moss, sont des caricatures de geeks et de nerds.

    The IT Crowd est une série qui propose un concept très simple : elle raconte l'histoire du service informatique d'une grande entreprise londonienne, dans lequel Roy et Moss, deux employés de l'IT, travaillent. Ce sont des caricatures de geeks et de nerds, méprisés par les autres employés qui n'ont d'autres choix que de les garder parce qu'ils sont les seuls à savoir réparer les ordinateurs, et sont complètement et socialement inadaptés.



   La série commence le jour où Jen est embauchée pour devenir la cheffe du département informatique de cette entreprise. Jen est très sociable, un peu superficielle, et est horrifiée quand elle voit dans quelles conditions travaillent ses deux compagnons d'infortune, relégués au sous-sol dans des bureaux encombrés. Et c'est cela qui va créer l'une des principales sources d'humour de la série : le décalage entre la personnalité enjouée et solaire de Jen, qui ne comprend rien aux ordinateurs, et celle plus bourrue et renfermée de Roy et Moss, parfaitement compétents dans leur domaine mais presque totalement à l'écart du reste du monde qu'ils ne comprennent pas et dont ils sont incompris. La série joue avec cela tout au long de ses vingt-cinq épisodes, et rend ainsi hommage à la communauté geek qui était presque un total mystère pour le monde en 2006.



   Il faut absolument que je présente ces trois personnages car ce sont eux les principaux vecteurs de l'humour de cette série. Jen est une jeune femme que l'on pourrait aisément caractériser de "fifille". Elle aime les chaussures, les vêtements et les jolis garçons. Mais alors elle est d'une vulgarité dans sa façon d'être et de faire les choses, qui casse complètement ce côté féminin caricatural et propose un décalage hilarant. Elle passe son temps à mentir et à se mettre dans des situations quasi inextricables à cause de ses mensonges, comme, se faire engager au service informatique alors qu'elle n'a aucune compétence dans le domaine, ou encore affirmer qu'elle sait parler italien pour une réunion avec un client de son entreprise alors qu'elle parle l'italien aussi bien qu'une loutre moldave.
   Roy est un informaticien irlandais fainéant, qui en fait toujours le moins possible dans son travail. il est souvent irascible et sarcastique, et aime les filles qui le lui rendent très mal, le trouvant bizarre, et ce malgré une socialisation bien plus poussée que ce que l'on s'attend de la part d'un geek d'habitude. Son univers, ce sont les ordinateurs, il est souvent d'ailleurs irrité de voir que l'utilité de ses compétences en informatique dans son métier se résument à demander aux personnes qui requièrent son aide s'ils ont bien appuyé sur le bouton pour allumer l'écran d'ordi. Il aime aussi les jeux vidéos et les comics, et passe son temps à manger de la malbouffe. Lorsqu'il est pris d'une émotion trop forte, sa voix devient suraiguë.
   Moss est certainement mon personnage préféré de toute la série. C'est un génie de l'informatique, il est ultra intelligent dans son domaine, mais pour tout le reste, c'est un enfant de 5 ans. C'est un trentenaire qui habite encore chez sa mère, et a une apparence classique de nerd : chemise à manches courtes boutonnée jusqu'au col, rentrée dans un pantalon trop court, et des lunettes à grosses montures. Il adore inventer des choses inutiles, comme une échelle pour papillons.



   Ce qui fait aussi l'humour de la série, ce sont ses running gags et l'humour nonsense purement anglais. On pense par exemple à la phrase qui est probablement la plus célèbre de la série : "Have you tried turning it off and on again ?" qui est basiquement la première et seule source d'ennui que les ordinateurs provoquent. C'est une phrase toute simple, mais qui devient une sorte de private joke entre la série et ses spectateurs. Cela montre aussi en réalité à quel point le service informatique de cette entreprise est presque complètement inutile à son fonctionnement. Ce qui laisse beaucoup de temps à Roy, Moss et Jen pour faire le plus de bêtises et d'absurdités possible. Comme... mettre le feu au département par exemple. c'est probablement la scène qui m'a fait le plus rire dans toute la série.


Cette scène est l'un des plus beaux exemples d'humour nonsense que j'ai pu voir dans une série anglaise. Après avoir laissé un fer à souder allumé dans les bureaux de l'IT, un feu se déclare, et la meilleure façon que Moss trouve pour appeler à l'aide c'est... d'envoyer un gentil mail au centre d'urgence, en prenant le temps de bien mettre son mail en forme, avec marques de ponctuation et de politesse, puis attendre qu'ils viennent éteindre le feu. Il y a beaucoup de manifestations d'un humour absurde de ce genre dans la série, mais cet épisode est sans doute celui qui m'a fait le plus rire.



   On trouve aussi un nombre assez incroyable de références geeks, et beaucoup de références au monde de la BD et du cinéma. Ne serait-ce que dans les tee-shirt geek que porte tout le temps Roy, et qui me font penser à moi parce que moi aussi j'en ai à la pelle de ce genre de tee-shirts, et qui montrent tour à tour : un alien de Space Invaders, le nombre 42, pour les fans de Douglas Adams, un niveau de Pac Man, un tee-shirt RTFM (read the fucking manual), etc. Dans le dernier épisode de la saison 2, Jen est remplacée par un répondeur appelé Jen2 (Gentoo) en référence à une distribution de Linux. Enfin, un épisode entier est consacré à un nouveau site, Friendface, qui est clairement une référence à Facebook.
   Dans le dernier épisode de la saison 1, quand Jen fait une appatition derrière la vitre de Bill Crouse en criant "Let me in !", il s'agit d'une référence à Wuthering Heights d'Emily Brontë, et on trouve des références à Docteur Jivago dans l'épisode où Moss rencontre un cuisinier allemand qui veut en fait le manger.

   The IT Crowd est une série sur les geeks au moment de l'émergence de la culture geek dans le monde, et a sans doute aidé à cette émergence à l'époque. Par ailleurs, anecdote assez sympa, un remake américain devait être lancé il y a quelques années, mais n'a pas abouti, et on pense que c'est ce projet qui a fini par donner naissance à la série The Big Bang Theory. La réussite de cette série fut sans aucun doute d'avoir pris pour sujet la culture geek et d'avoir carrément embrassé le sujet avant que celui-ci ne se soit perverti afin d'être mieux démocratisé. En tous cas, je vous conseille vivement de la regarder. Elle vous semblera sans doute un peu kitsch, et un peu vieillie, mais elle elle se dévore très vite, et vous allez adorer rire de ses personnages, et avec eux. 
  

samedi 8 avril 2017

Jessie

Auteur : Stephen King
Edition : J'ai lu
Parution originale : 1992
Genre : Horreur
   Résumé : Gerald Burdingame aime pratiquer des jeux sexuels pervers : il menotte sa femme Jessie à leur lit pour lui faire l'amour, ce dont elle se lasse grandement. Elle finit par refuser un jour dans leur résidence secondaire au bord d'un lac, ce que son mari refuse d'entendre. Elle va alors le repousser violemment d'un coup de pied, ce qui va mener Gerald à la crise cardiaque, puis jusqu'à la mort. Jessie se retrouve alors seule, nue, enchaînée à un lit dans une maison où personne ne peut l'entendre, à part ce chien errant en quête de repas et cet homme caché dans l'ombre qui la dévisage...

   J'ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque il n'y a pas très longtemps, et j'ai été surprise d'y voir une page cornée indiquant que je ne l'avais pas terminé. Surprise, parce que j'avais beaucoup aimé le début, et je ne comprenais pas ce qui m'avait fait reposer le livre à l'époque. Il y a des fois comme ça, on se demande ce qui nous passe par la tête. J'ai donc stoppé pour un instant ma lecture de Aurélien de Aragon, le temps de terminer enfin ce livre, et je vous en parle ici aujourd'hui.
    Ce roman est un quasi-huis clos, dont l'intrigue se passe, comme pour la plupart des romans de Stephen King, quelque part dans l'ouest du Maine, pas loin de la ville de Derry d'ailleurs, la ville qui accueille en son sein l'intrigue de Ça de Stephen King. Jessie Burdingame se retrouve bien démunie et se sent bien sotte quand, se rendant compte que son mari se fichait complètement du consentement de sa femme dans ses petits jeux sexuels, elle fut prise de panique et l'envoya bouler à l'autre bout de la pièce d'un coup de pied de bourricot qui l'envoya littéralement au septième ciel. Sauf que, du coup, y a plus personne pour venir desserrer ses menottes qui sont quand même sacrément bien serrées. C'est à ce moment que commence l'horreur pour Jessie, qui va passer les prochaines vingt-quatre heures à tenter de se libérer, repoussant les limites de son courage et de la folie tandis qu'elle se noie dans les différentes voix ovnis qui naissent peu à peu dans sa tête, faisant refleurir son passé traumatisant.

   Jessie est sans doute un des livres de Stephen King qui m'ont le plus fait sortir de ma zone de confort. Je sais que c'est un avis à double tranchant pour les lecteurs de ce livre, certains se sont profondément ennuyés, d'autres ont adoré, et je fais partie de la seconde catégorie de personnes.
   Le livre prend le point de vue de Jessie, et on ressent sa solitude et son angoisse croissantes au fur et à mesure que l'on tourne les pages. Après les 100 premières pages qui nous font entrer dans ce livre avec le synopsis que je vous ai décrit, il y a sans doute une question légitime à se poser : qu'est-ce que le maître du suspense a d'aussi intéressant à dire sur cette femme attachée à son lit qui mérite 300 pages ? L'histoire n'aurait-elle pas tendance à s'essouffler au bout de quelques dizaines de pages, étant donné l'unique personnage et le manque d'action ? Il n'en est rien en vérité, Sous sa surface de femme d'avocat désabusée et un peu superficielle se cache un personnage bien plus profond que cela, avec un passé traumatisant qui refait surface au plus mauvais moment de sa vie, amenant sur le tapis un thème cher à l'univers de Stephen King, et qui est l'enfance. Ce sont 300 pages de pure angoisse et parfois de gêne, questionnant les limites de l'instinct de survie sans cesse repoussées. J'ai senti une certaine intertextualité avec la série de films Saw, une quinzaine d'années avant la parution du premier film puisque celui-ci sort en 2004, mais ces derniers se seront peut-être inspirés de Jessie pour le concept. Est-ce que Jessie est vraiment prête à tout pour survivre, et se libérer, même à songer aux pires moyens ? Le suspense est parfois insupportable, et j'ai même dû poser le livre au moment du climax, parce que c'était trop, trop de détails macabres. Mais ça, c'est parce que je suis une petite nature. En parlant d'intertextualité, j'ai beaucoup aimé la référence à Ça vers la fin du roman, à propos de la créature que Jessie "croit" voir dans sa folie.
   Je terminerai cette chronique en vous partageant ce petit article sur lequel je suis tombée par hasard, annonçant le tournage d'une adaptation du roman Jessie de Stephen King par Mike Flanagan, qui devrait sortir en 2017. Apparemment, Stephen King a adoré ce qu'il en a vu, ce qui promet j'imagine un film d'une grande qualité et sans doute très angoissant, que j'ai hâte de voir !

mardi 4 avril 2017

How I Met Your Mother | Chronique Série

Titre original : How I Met Your Mother
Créée par : Carter Bays / Craig Thomas
Origine : Etats-Unis
Genre : Sitcom
Première diffusion : 19 septembre 2005
Sur : CBS
Vue en : VF, VOSTFR
S'étend sur : 9 saisons, 208 épisodes
Statut : Terminée depuis le 31 mars 2014
Avec : Josh Radnor, Alyson Hannigan, Jason Segel, Neil Patrick Harris, Cobie Smulders, Cristin Milioti
   Pitch : En 2030, Ted Mosby décide de raconter à ses deux enfants l'histoire de "la fois où il a rencontré leur mère". Elle commence en 2005, le jour où Marshall Eriksen, le meilleur ami de Ted, demande sa petite amie Lily Aldrin en mariage, de laquelle naît l'obsession de Ted pour trouver la femme de sa vie...

   Cet hiver, sur un coup de tête, je me suis fait un petit plaisir : revoir entièrement deux de mes sitcoms préférées, a.k.a Friends et How I Met Your Mother. Je vous ai parlé de Friends, le moment est pour moi venu d'écrire à propos de HIMYM à présent.

 
   A la base, si j'avais commencé cette série, c'est parce que c'était la nouvelle série de Alyson Hannigan, un de ses premiers rôles qui ont suivi celui de Willow Rosenberg que l'actrice incarnait dans Buffy contre les vampires, et qui est un de mes personnages préférés toutes œuvres de fiction confondues. D'ailleurs, Alison est la seule des cinq acteurs principaux à avoir eu un grand rôle dans une série télévisée avant HIMYM, et je suis persuadée que c'est grâce à son rôle dans Buffy que la série a attiré son public au départ. Je me suis donc lancée dans le visionnage de cette série à l'époque sans vraiment savoir à quoi m'attendre, et j'avoue avoir été ravie de voir Alyson Hannigan dans un rôle comique à part entière. Cette actrice a un très gros potentiel comique, avec beaucoup de nuances, mais peut aussi basculer dans l'émotion avec beaucoup de facilité. Elle peut s'en donner à cœur joie dans cette série, avec le personnage de Lily Aldrin, et cela se voit qu'elle y prend plaisir, ce qui fait aussi plaisir au spectateur. 


    J'ai découvert les autres acteurs également, et on peut dire qu'ils sont tous excellents. J'ai une légère préférence pour Neil Patrick Harris tout de même, car si il y a bien un de ces acteurs qui joue un rôle totalement à l'opposé de ce qu'ils sont, c'est lui. Jouer le rôle d'un coureur de filles alors qu'on est un homme homosexuel, et réussir à rendre le personnage crédible et qu'on y croit, je trouve que c'est une performance incroyable. Je n'arrive d'ailleurs pas à savoir si je suis contrariée que les directeurs de casting aient choisi un acteur homosexuel pour jouer un rôle d'homme hétéro, après tout, je grince des dents quand le contraire arrive, et je trouve que la série manque cruellement de représentation LGBT, ou très heureuse qu'ils l'ai choisi parce qu'il est parfait dans le rôle de Barney Stinson. Je pense que j'aurais tout de même préféré que NPH joue un rôle LGBT, dans le même genre de Barney, ça aurait pu être très intéressant.



   Ce que je pourrais reprocher à cette série, c'est sans doute le fait qu'elle emprunte un peu trop les tropes de Friends. On retrouve chez les personnages de HIMYM  le même genre de motifs que chez ceux de Friends : Robin Scherbatsky, la working girl de la série, peut s'apparenter à Rachel Green, dont l'un des principaux motifs est également de poursuivre ses rêves de carrière et de grimper les échelons. Elle est aussi la petite nouvelle dans le groupe d'amis au tout début de la série ; Ted Mosby peut s'apparenter à Ross Geller, dans le genre "mec qui recherche la femme de sa vie et travaille dans un domaine "ennuyeux" ", ils deviennent même profs tous deux ; Barney Stinson est un coureur de jupons au cœur d'or, comme Joey Tribbiani, etc. Même certaines scènes présentent une intertextualité assez palpable, et il y a certains tropes comme le "Ugly Naked Man", et les réunions dans le même bar soir après soir, dans les deux séries. 
   Cependant, la série se distingue dans beaucoup d'autres domaines, et a su trouver sa propre identité. Notamment dans sa narration : la narration de Friends est linéaire, celle de HIMYM ne l'est pas, du fait que son narrateur est intradiégétique et que la série reproduit la trame narrative de quelqu'un qui se remémore ses souvenirs, ce qui est le thème principal de la série. Les méthodes d'énonciation sont imbriquées les unes dans les autres, il y a des flashbacks, des anticipations de l'intrigue, des commentaires et rectifications du narrateur. Je pense notamment à l'épisode de la chèvre, ou celle de la robe de Ted, pour les connaisseurs. Cette méthode nécessite que les scénaristes aient pensé la série sur sa totalité dès le départ pour être crédible, et en cela, c'est réussi. Elle nécessite également plus de décors et de scènes qu'une sitcom classique, ce qui représente un gros challenge pour tout ceux qui ont travaillé sur la série. 


   A mon avis, la série aurait aisément pu s'arrêter vers les saisons 5 ou 6, car à ce moment là elle avait déjà assez fait le tour du sujet, les saisons 7, 8 et 9 sont un peu en trop, et on commence à s'ennuyer devant et à moins rire aux situations, ce qui est quand même dommage dans une série comique.
   Enfin, sans spoiler évidemment, je suis obligée de dire un mot sur le tout dernier épisode de la série. Jamais je ne me suis autant sentie trahie par un final de série, d'autant plus que, jusque là, HIMYM était une de mes séries préférées, car elle était originale dans sa narration et cohérente dans le traitement de ses personnages qui sont tous géniaux. Mais le final, ou au moins les dernières minutes, est complètement incohérent par rapport à l'évolution des personnages de la série, et annule absolument tout ce qui a été développé sur plusieurs saisons et années. Il faut savoir que ce final, les scénaristes l'avaient en tête dès qu'ils ont commencé à tourner la série en 2005, ce que je trouve encore plus dommageable car ils n'ont pas au moins développé la série en fonction de ce final. Il existe au moins une fin alternative, mais je suis quand même en colère car j'ai l'impression que les scénaristes n'ont absolument pas compris les personnages qu'ils ont créé, qu'il les y ont bâclés, et je trouve cela triste. 



   Malgré ces menus bémols que je peux reprocher à la série, je pense que HIMYM est une très bonne série et un très bon divertissement. On s'attache vite à ces personnages, on partage leurs vies, leurs joies, leurs peines, pendant 9 saisons. Cela peut sembler long, mais il s'agit d'une sitcom, les épisodes durent 20 minutes chacun, ce qui est beaucoup plus pratique même quand on a peu de temps pour regarder. Je vous invite à y jeter un œil si vous ne l'avez jamais fait, à la revoir sinon, car cette série est un vrai bonheur. 


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