jeudi 29 juin 2017

Aurélien

Auteur : Louis Aragon
Edition : Folio
Parution originale : 1944
Genre : Classique
Nombre de pages : 667
   Résumé : Aurélien Leurtillois est un ancien combattant qui a achevé la guerre dans l'armée d'Orient. Jamais vraiment remis des années passées au front, il mène dans le Paris des années 1920 l'existence oisive d'un jeune rentier célibataire et séducteur : garçonnière dans l'île Saint-Louis, nuits blanches au Lulli's Bar, soirées mondaines et liaisons sans lendemain. Spectateur désengagé de sa propre vie, il attend sans conviction de découvrir enfin l'objet d'une passion.
   Si quelqu'un m'avait dit, il y a quelques mois, qu'un jour je lirai une œuvre d'Aragon, je serais restée dubitative. J'ai toujours évité les auteurs surréalistes et dadaïstes dans ma vie, car ce ne sont pas des mouvements littéraires qui m'attiraient particulièrement, et ce, malgré mes études de Capitale de la douleur, L'Amour, la poésie et Les Mains libres de Eluard au lycée. Heureusement, les goûts et les couleurs changent, et, ayant découvert Aurélien de Louis Aragon sur la chaîne Youtube de Lemon June il y a quelques temps, j'ai décidé de découvrir l'auteur avec ce roman qui est un des sommets romanesques de son œuvre toute entière. Oui, j'ai mis la barre haute, mais n'ayez pas peur, car Aurélien mérite cet éloge.

   Aurélien est un roman dont l'intrigue se place dans l'entre-deux-guerres, et dépeint les dérives morales d'un jeune bourgeois, Aurélien Leurtillois. Pour situer le contexte, la Première Guerre Mondiale vient tout juste de se terminer, et le monde entier a sombré dans le déni le plus total, et le divertissement le plus absolu, afin d'oublier l'horreur de la Grande Guerre. "Jamais plus la guerre !" proclame-t-on partout dans le monde, et Aurélien se jette lui aussi à corps perdu dans les fêtes mondaines et les relations sans lendemain, se rendant régulièrement dans une boîte de jazz, le Lulli's. Cependant, il ne peut oublier le front de la guerre en Orient. Aurélien incarne ce "mal du siècle", dont Aragon a lui aussi été victime à l'époque.

   Le roman aborde également le sujet des passion interdites, et de l'impossibilité du couple. Aurélien s'éprend de Bérénice, la femme d'un pharmacien de province, venue passer quelques jours chez sa cousine Blanchette, elle-même la femme d'un ami d'Aurélien, Edmond Barbentane.
   De la plume d'Aragon jaillit la dénégation propre à cette étrange époque de l'Histoire : la scène de rencontre d'Aurélien et de Bérénice est aussi éloignée que possible de celles des grands romans du XIXè siècle, puisque le roman débute avec cette phrase : "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide". Pourtant, le prénom de Bérénice reste omniprésent dans ce début de roman, il plane au-dessus d'Aurélien qui entre dans un processus de cristallisation à l'égard de la jeune femme, et va être bouleversé par une passion inédite pour celle-ci. C'est une histoire déroutante et hésitante qui va ainsi les unir, se cherchant sans jamais s'atteindre, enfermés dans une bulle qu'Aurélien a lui-même créée autour de lui, afin de se protéger d'un monde dans lequel il ne trouve plus sa place.
   Aragon questionne passionnément l'amour dans ce roman : pourquoi aimons-nous ? Aimons-nous parce que nous avons peur d'être seuls, parce que l'amour est une sorte d'échappatoire hors d'un réel ennuyeux et morne ? Le roman n'apporte pas de réponses à ces questions, mais des éléments de réflexion.

   En filigrane, outre l'histoire d'amour et de politique, le roman soulève la question de la condition de la femme au XXè siècle à travers notamment les personnages de Blanchette et Edmond, l'infidélité revendiquée par le mari, la soumission silencieuse de la femme. Aurélien fait le portrait de femmes plus différentes les unes que les autres, et de leurs désillusions les plus profondes.

   Aurélien est un magnifique roman pour lire l'Amour, celui qui investi le corps entier jusqu'à atteindre l'âme, du personnage et du lecteur. On ne peut terminer cette lecture sans être grandement chamboulé, car c'est un roman poignant, mais aussi très émouvant. Je suis heureuse d'accueillir dans mon cœur l'histoire d'Aurélien et de Bérénice, et j'espère vous avoir donné envie d'en faire autant.

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samedi 24 juin 2017

La lecture en VO : pourquoi, comment, par quoi commencer ?

   Salut toi !

   La lecture en VO, comme le cinéma en VO, c'est une pratique qui peut rebuter un certain nombre de gens. C'est parfois fastidieux, on ne comprend pas tout, alors quand on veut lire pour ne pas se prendre la tête, ce n'est effectivement pas très attirant. Je n'écris donc pas cet article pour dire qu'il faut absolument lire en VO, que si tu lis uniquement des versions traduites tu es un mauvais lecteur, non non non, ce n'est absolument pas mon genre. J'écris cet article pour ceux qui ont envie d'essayer et qui n'ont pas les clés pour le faire. Je vais donc diviser cet article en plusieurs parties, d'abord pour donner des arguments envers la lecture en VO, ensuite pour dire comment se procurer des livres en VO, comment procéder à cette pratique, et enfin, quels livres sont selon moi les mieux placés pour commencer ou continuer la lecture en VO.


Pourquoi ?


   Tout d'abord, quand je parle de lecture en VO, il faut comprendre où je veux en venir. "VO" signifie "version originale", ce qui veut dire que si, par exemple, quelqu'un dont la langue maternelle est le français lit un livre initialement écrit en français, il va lire en VO, bien sûr. Je parle ici de "version originale" dans les conditions où le livre n'est pas écrit initialement dans la langue maternelle du lecteur. Voilà pour la précision.
   Au niveau culturel et enrichissement de la langue, il est à mon sens important de lire un livre en VO. Que ce soit au niveau de la syntaxe, de la grammaire, du vocabulaire, lire un livre dans sa langue originale permet de maintenir voire d'augmenter son niveau de langue, que ce soit en anglais, en espagnol, italien, russe, grec, etc. C'est de plus un moyen de s'immerger plus profondément dans le contexte culturel où le livre a été écrit. Chaque langue comporte ses petites particularités qui évoluent d'époque en époque, et lire en VO permet de capturer ces petites particularités et ainsi de mieux approcher le contexte culturel.



   Cela permet d'abolir la barrière de la traduction également, qui reste toujours assez subjective et reflète plus la plume du traducteur que celle de l'auteur. La traduction des romans A Song of Ice and Fire par Jean Sola fait par exemple polémique car le style du traducteur est archaïsant par rapport à la plume plus simple de George R.R. Martin.
   De plus, le coût des livres en VO est souvent moins cher que celui en VF, ce qui n'est pas négligeable.
   Enfin, et c'est un argument qui n'est pas des moindres, lire en VO permet aussi d'accéder à des livres qui n'ont pas eu droit à leur traduction. Il m'est arrivé parfois de lire en VO des sagas qui n'ont pas eu de VF car elles m'intéressaient beaucoup, comme la saga A Throne of Glass de Sarah J. Maas.

Comment ?


    Alors, c'est bien beau de savoir pourquoi on veut lire des livres dans leur version originale, mais encore faudrait-il savoir où se les procurer. Nos librairies et bibliothèques publiques sont tout de même fournies essentiellement en livres en français. Ce n'est pas forcément la meilleure façon de trouver LE livre qui nous fera aimer la VO, que de devoir choisir entre trois livres qui se battent en duel dans un coin isolé de nos librairies préférées. Alors je vais vous donner deux ou trois petites astuces pour trouver vos livres en VO.
   Pour ma part, j'achète les miens essentiellement en ligne, et je pense que c'est la meilleure solution quand on habite en France par exemple. L'autre solution, si vous êtes en voyage ou que vous habitez à l'étranger, est toute trouvée en revanche.
   Il y a notamment trois sites sur lesquels je vais généralement : Amazon, qu'on ne présente plus, sur lequel on trouve un large choix de livres en VO, et qui est un très bon site malgré des temps de réception parfois un peu longs ; The Book Depository, librairie en ligne qui a été rachetée en 2011 par Amazon, et présente une large sélection de livres en anglais, puisque le site est basé au Royaume-Uni, et propose des promotions régulières et intéressantes, même s'il faut compter les frais de port ; Et enfin, The Wordery, qui se trouve dans la lignée de The Book Depository, et en est même un des principaux concurrents, propose souvent le meilleur prix.


Suis-je prêt.e à lire en VO ?


   Je ne vous cache pas que, pour lire en VO, il faut tout de même VOULOIR sauter le pas, ne pas se sentir obligé de le faire. Il faut aussi avoir des bases dans la langue que vous choisissez. Vous pouvez difficilement vous lancer si vous ne comprenez pas un seul mot de ce que vous lisez. Enfin, je ne vous empêche pas d'essayer, mais ce ne sera pas concluant. Il vous faut d'abord apprendre les fondements de la langue, comme la syntaxe, la grammaire, la conjugaison. C'est ce qu'on apprend en cours de langues notamment, mais j'ai conscience que vous qui me lisez, n'êtes plus forcément dans les études, ne font pas d'études littéraires, ou tout simplement que vos écoles ne proposent pas de cours dans la langue que vous souhaitez.
   Si vous possédez ces bases, que vous pouvez acquérir grâce à des applications (Babbel, Duolingo, Memrise), des manuels de cours, des chaînes youtubes sur les langues, des MOOC, etc... vous pouvez commencer avec des livres faciles, comme des livres pour enfants. Cela va vous permettre d'acquérir du vocabulaire et une connaissance de la langue toute en douceur. Si vous lisez en VO un livre que vous connaissez très bien dans votre langue (à tout hasard, Harry Potter par exemple, qui a été édité dans 74 langues différentes, dont le latin), la lecture peut être d'autant plus facile parce que vous connaissez l'histoire.


   Ainsi, plus vous lirez en VO, plus ce sera facile pour vous de lire en VO. L'anglais et moi, par exemple, c'est l'amour total. C'est une de mes langues préférées, et, sans me vanter, je peux dire qu'aujourd'hui, je suis bilingue. On me demande souvent où j'ai appris à parler aussi bien l'anglais, pourquoi je passe souvent du français à l'anglais quand je parle, sans même m'en rendre compte d'ailleurs. Quand je me parle à moi-même (arrêtez, on le fait tous !), c'est souvent en anglais, quand je pense, c'est aussi en anglais, et parfois, j'écris même mes post-it et autres mémos en anglais. J'en arrive d'ailleurs parfois à utiliser des mots anglais juste parce que j'oublie mes mots en français, ou parce que le mot français n'exprime pas totalement l'idée que je veux faire passer.
   Il faut dire que ce ne sont pas les cours de langues à l'école seuls qui font progresser. Ils offrent des bases, mais il faut les entretenir et améliorer ses connaissances de la langue. Mon secret pour cela, qui n'en est pas vraiment un, c'est que je lis beaucoup en anglais, que ce soit des livres, des articles de journaux ou de blog, etc, et je regarde tous mes films et toutes mes séries en VO.
     Si vous vous sentez prêts à sauter le pas, je vous invite alors à le faire, à essayer, je vous promets que ça ne peut que vous faire du bien.

Quelques idées pour commencer/continuer la lecture en VO


   Il y a plusieurs types de livres que je vous conseille pour commencer la lecture en VO :

   La relecture : J'en parlais plus tôt avec Harry Potter, parce que, à part les textes sacrés des religions monothéistes, je ne connais pas d'autres livres qui aient été traduits dans autant de langues différentes (près de la moitié des langues existantes et répertoriées) ni autant lus dans le monde.  La relecture est idéale pour commencer parce que vous connaissez déjà l'histoire, vous avancerez d'autant plus vite et facilement dans votre lecture. Prenez de préférence un livre dont vous n'êtes plus tant imprégnés, de façon à ce que l'exercice soit fructueux, comme cela vous pourrez redécouvrir l'histoire en VO.


   Les livres pour enfants : L'avantage avec les livres pour enfants, c'est que ce sont souvent des livres courts, avec des images, un texte aéré. Pour commencer la lecture en VO, le mieux est de le faire à partir du début, comme les enfants. Après tout, le premier livre qu'on vous a mis entre les mains étant enfants n'était certainement pas L'Assommoir de Zola. Je me souviens que le livre avec lequel j'ai appris à lire en français s'appelait Quel bazar chez Zoé, dans lequel on apprenait toutes les bases du français. Une de mes amies de lycée, originaire de Russie, avait appris le français grâce aux nouvelles de la collection J'aime Lire.

   Les livres bilingues : La page de gauche est en VO, la page de droite est en VF. Ça marche un peu comme les sous-titres quand on regarde un film ou une série en VOSTFR. Personnellement, ce genre de livres m'ont sauvé mes études, notamment avec Dickens et Shakespeare en cours d'anglais, mais, étrangement, surtout en cours de littérature française, puisque les livres bilingues ancien français/français moderne existent aussi, et quand on a des profs fans du XVIè siècle et qu'on étudie Le Quart Livre de Rabelais ou L'Heptameron de Marguerite De Navarre en langue originale, le premier casse-tête est de comprendre ce qu'on lit.  


   Les BD, mangas, comics, romans graphiques : Quand le livre que vous lisez contient des illustrations, la lecture en est d'autant plus facilitée, puisque le texte va à l'essentiel, le contexte est servi par l'image. 

  Dans tous ces domaines, je vous recommande des lectures contemporaines. Pourquoi cela ? Parce que le vocabulaire utilisé est de l'ordre du quotidien, ce sont des mots que l'on emploie tous les jours. Les descriptions sont moins pointues, et les dialogues plus fréquents que dans d'autres types de livres apportent du dynamisme à la lecture. Même en étant une lectrice assez expérimentée en anglais, j'évite la fantasy ou le thriller, et même les classiques, sauf cas exceptionnels, car ce sont des romans dont le vocabulaire répond à des codes spécifiques, ou à des époques différentes, à un univers précis, voire inventé. Avec les livres en VO, il vaut mieux connaître déjà les codes auxquels répond l'univers du livre.

   Voici, pour finir, une sélection de 10 livres VO anglais, du plus facile (**) à aborder au plus difficile (****), pour commencer et/ou continuer la lecture VO :

1/ If I Stay, de Gayle Forman (**)
2/ Fangirl de Rainbow Rowell (**)
3/ Aristotle and Dante discover the secrets of the Universe de Benjamin Alire Saenz (**)
4/ Harry Potter de J.K. Rowling (***)
5/ The Book of Ivy de Amy Engel (***)
6/ Legend de Marie Lu (***)
7/ The Picture of Dorian Gray de Oscar Wilde (****)
8/ Romeo and Juliet de William Shakespeare (****)
9/ Wuthering Heights de Emily Brontë (****)
10/ A Song of Ice and Fire de George R. R. Martin (****)



   Je vous propose des livres en anglais parce que c'est ce que je connais le mieux, mais tous mes conseils s'appliquent également aux autres langues dans lesquelles vous souhaitez lire. 

   Il me semble avoir fait le tour de la question, mais n'hésitez pas à commenter s'il vous reste des doutes, des questions, ou si vous voulez apporter votre pierre à l'édifice et proposer vos propres astuces. Vous vous doutez bien que je ne peux pas faire du cas par cas, car vous seuls êtes juges pour situer votre niveau dans la lecture en VO, je ne peux que donner des conseils par palier. 
   Pour finir, je ne peux que vous conseiller de vous lancer ! Ayez confiance en vous, ne sous-estimez pas vos capacités, n'abandonnez pas au premier mot que vous ne comprenez pas, parce que, même en français, il vous arrive de ne pas connaître un mot que vous rencontrez dans un texte ! Et souvenez vous que, plus vous lirez en VO, moins vous aurez de lacunes dans la langue lue, plus la lecture sera facile.



   La lecture en VO doit avant tout être un plaisir, comme l'est la lecture en VF, alors amusez-vous bien, maintenant que vous avez les clés en mains !

vendredi 16 juin 2017

The Handmaid's Tale : série dystopique glaçante sur les droits des femmes | Chronique série

Titre original : The Handmaid's Tale
Créée par : Bruce Miller
Origine : Etats-Unis
Genre : Adaptation, Dystopie
Première diffusion : 26 avril 2017
Sur : Hulu
Vue en : VOSTFR
S'étend sur : 1 saison, 10 épisodes
Statut : En production
Avec : Elisabeth Moss, Samira Wiley, Alexis Bleden, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Max Minghella...
   Pitch : Dans la nouvelle République de Gilead, après une catastrophe biologique, le taux de natalité est au plus bas. Les relations homme/femme observent à présent des règles strictes. Les hommes occupent toutes les places de pouvoir, tandis que les femmes sont démises de leur statut de citoyenne à part entière. Elles sont catégorisées selon leur fonction : les Epouses, femmes de dirigeants ; les Marthas, qui s'occupent de la maison, et les Servantes, uniquement affectées à la reproduction. Ces dernières sont affectées au sein des familles afin d'y mettre au monde les enfants tant désirés. June est une Servante.
     Imaginez un monde dans lequel avoir un enfant est littéralement un miracle de la vie. Pas comme aujourd'hui, où il est relativement facile d'avoir un enfant, un véritable miracle. Imaginez maintenant un monde où toute la société est organisée autour de la procréation et la naissance des enfants. Un monde dans lequel il n'existe plus aucun droit des femmes, où la société vit en suivant religieusement la Bible, et où la vie d'un fœtus a bien plus d'importance que celle d'une femme. C'est le monde que dépeint la série The Handmaid's Tale, inspirée du roman éponyme écrit par Margaret Atwood.



   Nous suivons principalement le personnage de June. June est une Servante, c'est-à-dire qu'elle occupe la fonction reproductrice dans ce monde. Elle est, sans mâcher nos mots, une esclave sexuelle. Dans son ancienne vie, elle était une femme pleine de vie, mariée, heureuse mère d'une petite fille. Sa vie est aujourd'hui vouée à donner un enfant à la famille Waterford, puisqu'elle abrite en elle une capacité miraculeuse dans ce monde : celle d'être fertile. Nous sommes ainsi, à travers ce personnage, le plus à même de découvrir la vérité affreuse : les femmes ont perdu tous leurs droits, et surtout, celui de disposer de leur propre corps. Elles sont uniquement vouées à servir les leaders mâles d'une société dictatoriale.

Obscurantisme, purges et misogynie 


   Parlons un peu de cette nouvelle société de Gilead, anciennement les Etats-Unis d'Amérique. 
   Comme il est typique chez les humains de penser ainsi, plutôt que d'admettre qu'ils sont les principaux acteurs de la dégradation écologique et des crises économiques, ils préfèrent alors plonger dans l'obscurantisme. Ce régime de Gilead ressemble étrangement à un régime nazi très moyenâgeux. Alors que le régime nazi tendait vers une seule prérogative : l'omniprésence de la "race pure", celui de Gilead tend uniquement vers la procréation d'enfants. Inutile de vous préciser que toute "dérivation" ou "dégénérescence" y est interdite, et de grandes purges ont lieu pour éradiquer les homosexuels. Toute contraception est désormais interdite également.



   Gilead est indéniablement une république dictatoriale, ce qui est un oxymore évidemment. Une seule morale est acceptée : celle de la lecture littérale de la Bible, et est surtout imposée aux femmes. Cela crée un effet à la fois comique et terrifiant : certaines situations qui reprennent celles de la Bible sont ridicules, telle la scène de la Genèse, entre Rachel, Bilha et Jacob, reproduite chaque mois entre l'Epouse, la Servante et le dirigeant. Et dans le même temps, cette même scène est horrifiante, car c'est quand même une scène de viol, et elle est par conséquent dure à regarder. 



   Belle transition pour évoquer la misogynie omniprésente de cette société, que nous avions déjà effleuré auparavant. A travers l’œil ironique de June, nous assistons à toute l'horreur de la vie des femmes dans cette société : leur enfermement : les Servantes ne sortent que deux fois par jour, jamais seules, et portent toujours des ailes autour de leurs visage pour qu'on ne le voit pas, symbole de leur confinement ; la négation de leur identité : les Servantes perdent leur nom au profit de celui du dirigeant de la maison familiale ; ainsi, June perd son identité au profit de celui de Fred Waterford, elle devient Offred. D'une certaine manière, ce nom n'est sans doute pas choisi par hasard, il est symbolique et ironique, puisque June est "offerte" à cette famille, telle un objet. 



   La série démontre très bien les conséquences que peut avoir le fascisme sur les conditions de vie des femmes. Elle fait écho à de grandes dystopies comme 1984 de George Orwell. Le Big Brother est remplacé par les Yeux, cette caste qui surveille toute la société dans l'ombre, et s'infiltre partout. Viols et harcèlements sont élevés au rang de traditions, au nom du bien être de la société. Tout désir, toute initiative est sévèrement réprimée, et ce qu'on appelle le slut-shaming est banalisé. Cependant, la série n'expose pas que la misogynie naît dans cette situation : elle était déjà présente avant, puisque cette situation a été décidée par le gouvernement, mais se retrouve exacerbée dans une société où les femmes sont vulnérables et ne possèdent plus rien, tandis que les hommes ont tous les pouvoirs.

 

Casting et esthétisme impeccable


   Outre le sujet de la série, particulièrement intéressant et pertinent, sa qualité se retrouve dans les moindres détails, que ce soit au niveau du casting ou de l'esthétisme de la série. Ce qui m'a donné envie de regarder cette série au départ, c'est son casting. Elle compte un nombre incroyable d'acteurs et d'actrices que j'ai déjà vu dans d'autres shows télévisés de qualité, ce qui m'a encouragée à m'intéresser à The Handmaid's Tale : Elisabeth Moss, par exemple, que j'ai déjà vue dans Mad Men incarner Peggy Olson. Quand je l'ai vue dans le rôle principal pour cette série, cela m'a tout de suite interpellée. 
J'ai été enchantée de voir Alexis Bledel également, qui jouait Rory Gilmore dans la série de mon enfance Gilmore Girls ; Samira Wiley, qui jouait le génial personnage de Poussey dans Orange is the New Black, est également dans la série. Et enfin, une autre actrice que je connais bien mais que j'ai eu du mal à reconnaître car cela fait longtemps que je n'ai pas regardé la série : Yvonne Strahovski, qui jouait le rôle de Sarah dans Chuck. Chacune de ces actrice a un talent incroyable, et j'ai découvert deux acteurs tout aussi exceptionnels avec The Handmaid's Tale : Max Minghella, d'abord, que j'ai par la suite identifié comme Richie Castellano dans The Mindy Project quand quelqu'un sur Twitter me l'a fait remarquer, mais que je n'ai pas reconnu au départ. Et Joseph Fiennes, dont je connais le nom, mais que je n'ai jamais vu jouer, et il se trouve qu'il est excellent et glaçant dans le rôle du Commandant.  



   L'esthétisme de la série va de paire avec le jeu des acteurs. Les mouvements de caméra mettent particulièrement en valeur les actrices et leurs visages expressifs. Beaucoup de gros plans de leurs visages sont utilisés dans la série, contribuant à la sensation d'enfermement des femmes, et participant à montrer chaque détail de leur jeu très riche. Ces gros plans participent également à l'atmosphère angoissante de la série : le danger peut être partout, et ni les personnages, ni les spectateurs ne peuvent le voir. La photographie est incroyable également. Les couleurs sont plus froides quand il s'agit de flashback, comme pour montrer la nostalgie et la souffrance des personnages féminins face à leurs souvenirs de leur vie lorsqu'elles étaient encore libres. Les couleurs que portent les femmes sont symboliques je pense également : vert terne pour les Marthas et les Epouses, les moins touchées par la situation finalement (certaines même sont misogynes et s'accommodent de cette situation) ; en revanche, les Servantes portent le rouge, la couleur de la rébellion. Ce sont les Servantes qui portent l'espoir qu'un jour cela change, l'étincelle qui pourrait mettre le feu au poudres, et ce sont elles qui souhaitent que cela change.



   La souffrance et la violence est surtout psychologique, et les acteurs le rendent très bien. J'ai un coup de cœur surtout pour Max Minghella dans cette série, pour Elisabeth Moss et pour Alexis Bledel, ils sont ceux qui m'ont procuré le plus d'émotions par leur jeu d'acteur.

Relativiser ou rester sur ses gardes ?


   En discutant avec d'autres personnes qui ont regardé la première saison elles aussi, certaines personnes m'ont fait une remarque qui m'a fait tilter : ces personnes, qui sont surtout des femmes, disaient que, de regarder cette série, ça leur a fait relativiser sur les problèmes actuels qui concernent les femmes. Je ne suis pas d'accord. Premièrement, je trouve que c'est une déclaration très ethnocentrée. Certes, par rapport à ce qu'il se passe dans The Handmaid's Tale, les problèmes que rencontrent certaines femmes dans certaines parties du monde, dont la France, sont loin d'être aussi graves. Et encore, nous sommes tout de même victimes de viols, agressions sexuelles et harcèlement de rue. Mais admettons, nous avons quand même des droits, au moins en France parce que c'est ce que je connais le mieux.
   En revanche, il existe encore des pays où les femmes ne sont même pas des citoyennes à part entière. Des endroits dans le monde où les femmes sont lapidées, ou mutilées à l'acide, ou excisées, ou mariées de force, ou tuées pour avoir offensé des hommes, et où l'ont ne parle pas de "meurtres" mais de "crimes d'honneur". 



   Enfin, nous ne devrions jamais oublier cette phrase de Simone de Beauvoir : "Il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en questions. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.". Elle avait raison, et il existe de multiples exemples qui étayent cette citation. Alors que Michelle Obama, ex première dame des Etats-Unis, avait créé un programme mondial d'éducation des jeunes filles, Donald Trump, le nouveau président des Etats-Unis, vient d'y mettre un terme, remettant en question le droit à l'éducation des jeunes filles dans le monde (lien d'article ici) ; les Polonaises ont dû se battre pour leur droit à l'avortement en Pologne l'an dernier, qu'elles avaient acquis (lien d'article ici). D'ailleurs, le droit à l'avortement n'est pas acquis dans le monde entier, et ne serait-ce qu'en France, les femmes ont failli perdre leur droit à la pilule du lendemain à cause de certains pharmaciens qui voulaient inclure une clause de conscience qui pourraient leur permettre de ne pas la délivrer, ce qui a été refusé (lien d'article ici) et le FN, actuel deuxième parti de France d'après les dernières élections présidentielles, refusait de continuer à financer les plannings familiaux si il était élu. D'une manière générale, il n'existe aucune loi sociale des droits des femmes qui n'ait été signée et promulguée sans une lutte pour l'acquérir. C'est pourquoi il faut continuer à se battre, ne jamais baisser sa garde. On peut se réjouir des droits déjà acquis, mais ne jamais oublier qu'on peut nous les reprendre si on n'y prend pas garde, et c'est pourquoi des collectifs féministes comme Osez le féminisme ! sont importants en France.



   Pour conclure, je dirais que The Handmaid's Tale est une excellente série dystopique, adaptée d'un excellent roman que je chroniquerai également bientôt. Elle montre, d'une manière exacerbée, que les droits des femmes ne sont et ne seront jamais acquis, ils peuvent nous être repris, c'est déjà le cas dans notre propre société ; mais aussi d'une manière glaçante que, les violences faites aux femmes que nous dénonçons aujourd'hui, sont banalisées dans cette dystopie. C'est d'autant plus incroyable que cette série soit aussi bonne alors que c'est un homme, Bruce Miller, qui l'a créée. D'après l’œuvre d'une femme, certes, mais la réalisation de la série possède la patte d'un homme, et elle est impeccable. C'est parfois difficile à regarder, mais c'est une série intelligente, bien filmée, avec un casting excellent et une photographie superbe. Encore une fois, il s'agit d'une de ces séries si intelligentes et importantes, mais malheureusement si peu médiatisées. Heureusement, The Handmaid's Tale a droit à une deuxième saison, et c'est tant mieux, parce que la série ne pouvait pas se finir sur l'épisode 01x10. Je suis très heureuse de vous avoir parlé de The Handmaid's Tale, et j'espère vous avoir donné envie de la regarder à votre tour.

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lundi 12 juin 2017

La Vérité à propos d'Alice

Auteure : Katherine Webb
Edition : Pocket
Parution originale : 2015
Genre : Policier, Romance, Contemporain
Nombre de pages : 667
   Résumé : En acceptant sur le tard d'épouser Richard, Rachel Crofton croyait enfin échapper à son destin de gouvernante. Hélas, derrière le négociant en vins affable, bien introduit dans la bonne société de Bath, se cache un homme colérique, opportuniste et pingre. Pour tromper l'ennui et les regrets, Rachel accepte la proposition de lady Alleyn, figure de l'establishment, qui recherche une dame de compagnie pour son fils, Jonathan, vétéran de la guerre d'Espagne. Dès sa première visite, Rachel comprend que les belles apparences masquent de profondes failles : pourquoi Jonathan réagit-il si fortement à sa vue ? Ses traumatismes sont-ils uniquement liés à ses souvenirs de guerre ? Que complote Starling, la petite servante ? Quelle emprise lady Alleyn exerce-t-elle sur ces esprits troublés ? Et surtout, qui était Alice, la fiancée de Jonathan, disparue sans aucune explication ? Décidée à percer le secret de la maison Alleyn et à sauver Jonathan du mal qui le ronge, Rachel n'a bientôt plus qu'une idée en tête : découvrir la vérité à propos d'Alice…

   Ce roman avait dès le départ une recette qui ne pouvait que me mettre l'eau à la bouche : une histoire de famille, des mystères à percer, une intrigue se déroulant dans la campagne anglaise du XIXè siècle, et tournant autour de femmes. C'est ce que propose La Vérité à propos d'Alice dans son résumé de départ, et ce qui m'a donné envie de commencer ce livre.

   Alice et Rachel sont deux femmes qui ne se connaissent pas et ne se sont jamais rencontrées, pourtant, leurs destins sont liés à jamais. Alice est la principale protagoniste de ce roman, celle qui relie tous les personnages entre eux, pourtant, elle en est également la grande absente. Elle ne vit que dans les souvenirs des personnages qui l'ont connue, et qui y replongent avec nostalgie, colère, tristesse, désespoir, tout au long du roman. Alice a disparu il y a une quinzaine d'années, sans laisser de traces, sans un mot pour ceux qu'elle aimait. C'est sa disparition qui est au cœur de l'intrigue, sa disparition qui unit les personnages et instaure du mystère dans cette histoire.

   Par son atmosphère sombre, une atmosphère un peu gothique, ce roman me semble être dans la lignée des grands romans anglais du XIXè siècle, en penchant plus pour les œuvres des sœurs Brontë que pour celles de Jane Austen. Rachel, notamment, m'a fait l'effet d'une Jane Eyre en puissance : gouvernante au début du roman, dame de compagnie ensuite pour un homme blessé à la guerre et par la vie, elle est une femme forte, têtue et courageuse qui ne se laisse pas gouverner par les hommes. Ce roman joue sur les codes du roman victorien, que j'affectionne beaucoup.

   La Vérité à propos d'Alice est un roman sur la perte. Chacun des personnages du roman en a fait l'amère expérience à un moment de leur vie, et d'ailleurs, le personnage le plus important de l'histoire, Alice, est porté disparu. Que ce soit la perte d'un être cher, des illusions perdues, celle-ci est au centre de l’œuvre. Ce roman est également porteur des désillusions sur la condition de la femme au XIXè siècle, jamais tout à fait libre, toujours sous l'égide d'un homme. Ce qui est ironique, quand on se rend compte que ces femmes n'ont pas besoin des hommes pour les gouverner, et pour élucider le grand mystère de ce roman, et qu'en réalité, ce sont les hommes qui sont dépendants des femmes pour les gouverner.

   Bien que j'ai beaucoup aimé le contenu de ce roman, il faut savoir que Katherine Webb a une imagination débordante, parfois un peu tirée par les cheveux, même si elle a un bon style et une plume agréable à lire. Je suis restée incrédule pendant une bonne partie du roman, et surtout, j'ai découvert le secret final vers les trois quarts du livre, ce qui est légèrement ennuyeux pour un roman qui flirte avec le policier. Surtout, c'est un roman trop long pour l'histoire qu'il raconte, et certains passages mériteraient d'être raccourcis. J'ai, à quelque passages, lu ce roman en diagonale car certains moments de l'histoire ne sont pas utiles à l'intrigue. Surtout quand la plupart des chapitres font près, voire plus, d'une centaine de pages.

   Pour conclure, si vous aimez les romans contemporains répondant aux codes du roman victorien, dans lesquels on retrouve des secrets de famille, des mystères entourant un personnage, le tout écrit dans un style agréable à lire, alors je pense que La Vérité à propos d'Alice de Katherine Webb est un roman qui pourrait vous plaire.
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