mercredi 12 juillet 2017

Orange is the New Black : un manifeste du féminisme | Chronique Série

Titre original : Orange is the New Black
Créée par : Jenji Kohan
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Première diffusion : 11 juillet 2013
Sur : Netflix
Vue en : VOSTFR, VO
S'étend sur : 5 saisons, 65 épisodes
Durée d'un épisode : 55 minutes/1 heure
Statut : En production
Avec : Taylor Schilling, Laura Prepon, Kate Mulgrew, Uzo Aduba, Danielle Brooks, Natasha Lyonne, Laverne Cox, Taryn Manning, Selenis Leyva, Adrienne C. Moore, Dascha Polanco, Samira Wiley, Yael Stone, Diane Guerrero, Jackie Cruz, Lea Delaria, Elisabeth Rodriguez, Jessica Pimentel.
   Pitch : Piper Chapman est condamnée à quinze mois de prison pour trafic de drogue. Elle est incarcérée à la prison pour femmes de Litchfield, de sécurité minimale. Là-bas, elle tente de se faire à sa nouvelle vie, entre le clanisme, les réseaux et les fortes personnalités des autres détenues. 
    Si je dis que Orange is the New Black est un manifeste du féminisme, ce n'est pas une hyperbole destinée uniquement à attirer votre attention sur mon article. Enfin, un petit peu, mais pas seulement. C'est le terme qu'emploie Uzo Aduba, l'actrice qui joue Suzanne "Crazy Eyes" Warren dans la série, lors d'une interview du 12 juin 2017 dans La Parisienne : "La série est un manifeste du féminisme de par son existence même. C'est un show qui offre un point de vue sur des femmes par des femmes, ce show est dirigé par des femmes, et bien sûr le film a été créé par des femmes qui ont rempli leur salles d'écriture par des scénaristes femmes parce qu'elles comprennent mieux les capacités des femmes scénaristes. C'est en ça que le show a été révolutionnaire par rapport à d'autres "séries de femmes" " Un show créé, encadré et interprété essentiellement par des femmes, qui traite des problématiques qui concernent les femmes, voici ce qui est au programme de Orange is the New Black.


   Nous pouvons commencer par la qualité la plus évidente de la série : celle-ci présente un nombre incroyable de portraits de femmes toutes plus différentes les unes des autres. Chaque épisode se présente en deux parties entremêlées : l'intrigue de la prison, en quasi-huis clos car les filles n'ont pas accès au monde extérieur, et l'histoire d'une des détenues, sous la forme de flashbacks, racontant la vie de la détenue avant d'être incarcérée. Cette série a beau avoir quelques défauts de narration, jamais il n'a existé une série ou un film présentant autant de femmes dans leurs castings, et autant de profils divers de femmes : des minces, des grosses, des lesbiennes, des hétérosexuelles, des racisées, des blanches, des croyantes et des non croyantes, des riches et des pauvres, des femmes cisgenres et des femmes transgenres, des vieilles femmes, des jeunes femmes, des femmes handicapées mentales ou physiques. Pas une seule ne ressemble à une autre, et on est bien loin des standards de la beauté féminine et du glamour que la télévision veut nous vendre à tous prix.
   Nous voyons ces femmes vivre, tout simplement. Cette série brise le processus de cristallisation créé autour des femmes : ces femmes sont une représentation de ce qu'est vraiment une femme, et une femme, ce n'est pas le fantasme d'une page de magazine ou une publicité pour des collants ou du gel douche. Elles font l'amour, se masturbent, mangent, suent, dorment, vont aux toilettes, ont un langage des plus fleuris et même, se battent. Elles prouvent à tout un chacun qu'une femme est un individu à part entière, et pas une moitié d'individu toujours rattachée à un homme. Même si la prison de Litchfield est un petit monde par rapport à notre planète, c'est une représentation très fidèle de ce que subissent les femmes aussi en dehors de la prison, en matière de sexisme et culture du viol.


    La série propose une vision de féminisme intersectionnel : c'est-à-dire que toutes les luttes sont réunies sous la bannière d'une seule, car ce sont toutes des luttes pour l'égalité : la lutte contre le racisme, contre le sexisme, contre l'islamophobie et l'antisémitisme, contre l'homophobie et la queerphobie en général. Ces filles ne sont pas toutes des militantes féministes, mais chacune d'entre elles luttent pour leurs droits à leur échelle, ne serait-ce que dans la prison, et contre les injustices faites à leur encontre, elles offrent une vision d'un combat qui tend vers l'égalité. Pour la plupart, ces filles viennent de milieux pauvres, non privilégiés, et ne seraient sans doute pas enfermées si elles étaient nées au bon endroit, c'est déjà une injustice portée à l'encontre de pas mal de détenues. Orange is the New Black est une série de personnages, dépassant préjugés et apparences pour mieux briser les inégalités et déconstruire les clichés.
   Cela se prouve par le fait qu'il n'existe pas exactement de personnage principal dans la série. Au départ, on suit essentiellement Piper car elle sert d'yeux du spectateur : c'est par ses yeux que nous sommes introduits dans la prison, car nous sommes aussi novices qu'elle, et nous pouvons de ce fait nous identifier à elle et ainsi compatir à son malheur. Elle se fond progressivement dans le décor de la prison au fur et à mesure qu'elle s'intègre, et ainsi la série se concentre sur toutes les autres détenues. De ce fait, chaque personne qui regarde cette série peut s'identifier à un personnage de femme, une vision des choses, une personnalité. c'est ce qui fait la force de la série, ses personnages.


   La série n'est pas seulement une comédie, et même si il arrive de rire beaucoup en la visionnant car celle-ci présente beaucoup de comique de situation et de langage, elle n'hésite pas non plus à dénoncer des sujets qui fâchent de la manière la plus tragique qui soit. Notamment, une des dénonciations les plus virulentes est celle des violences policières, puisque les détenues sont en constante confrontation avec les gardiens de la prison, qui les malmènent physiquement et verbalement. La question des violences sexuelles est abordée, celle du délit de faciès également, et cela surtout dans la saison 4, mais aussi les meurtres injustifiés en prison. Ces femmes sont considérées comme des objets encombrants par la plupart de ces gardiens, sous le double prétexte que ce sont des femmes, et qu'en plus, ce sont des criminelles. Ils oublient rapidement que ce sont des être humains avant tout.
   La série réussit le tour de force de nous faire aimer chacune des détenues. La narration, parfois un peu faible, parvient tout de même, notamment à travers les flashbacks, à raconter l'histoire, souvent tragique, de ces femmes, et on finit par oublier que certaines d'entre elles sont dangereuses. On les prend toutes en affection, pas forcément dès le départ cela dit, et ce, grâce à l'union de la scénarisation, de la réalisation et de la qualité du jeu des actrices. Beaucoup d'entre elles se démarquent par leur jeu inoubliable, comme les merveilleuses Uzo Aduba (Suzanne), Kate Mulgrew (Red) ou encore Samira Wiley (Poussey) et Danielle Brooks (Taystee). Certains rôles masculins sont de qualité également, et aussi géniaux qu'irritants, comme ceux de Michael Harney (Healy), Pablo Shreiber ("Pornstache"), Matt McGorry (Bennett) et Brad Willam Henke (Piscatella).


   Orange is the New Black est une excellente série, malgré une ou deux saisons un peu plus faibles que les autres. C'est une série sur des femmes prisonnières, qui paradoxalement traite de l'émancipation et la libération des femmes. Regarder cette série m'a moi-même aidé à avoir une autre vision sur mon corps, à me regarder dans le miroir avec un regard neuf. Je pense que c'est une série qui fait beaucoup de bien, très bodypositive et thinkpositive. Comme beaucoup de shows que j'aime regarder, ce n'est pas seulement un divertissement à mon sens, c'est bien plus que cela. C'est une série qui fait beaucoup réfléchir sur des sujets de société, et soulève des sujets qui traitent de combats pour l'égalité. C'est une série très importante pour faire avancer les idées et déconstruire les clichés de notre société.


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